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Ma vérité sur le viol

Thème : Santé, Société, Viol
Publiée le 21/09/2012 |
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Révélée par CFCV |
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Photo de la Vérité
Préjugés, statistiques, témoignages: le Collectif Féministe Contre le Viol vous dévoile sa vérité

« Des femmes violées, il n’y en a pas tant que ça … ! »

Une femme sur cinq est agressée sexuellement au cours de sa vie . A peine 30 % d’entre elles portent plainte. Honte, peur des représailles, crainte de ne pas être crue expliquent que le viol soit le crime le moins dénoncé.

 « Le viol n’est qu’un acte sexuel violent ! »

Le viol est un acte de haine et de destruction de l’autre par une agression sexuelle. L’acte sexuel requiert le consentement des deux partenaires. Dans un viol, l’agresseur ne tient aucun compte de la parole, du refus, des défenses de la victime.

« Le viol, ça arrive dehors, tard, la nuit, dans des lieux publics à risque … » 

67% des viols ont lieu au domicile de la victime ou de l’agresseur ; les autres sont perpétrés dans des lieux publics ou privés (rue, bord de route, bois, transport en commun, parking…), mais aussi dans des lieux considérés comme sûrs (lieux de travail, d’enseignement, de soins…)

« Elle l’a sûrement provoqué ! » « Elle était en mini-jupe »

Les femmes ont le droit de marcher dans la rue, de sortir, de s’habiller comme elles veulent, d’inviter un homme chez elles… sans que les hommes s’arrogent le droit de les violer. Rien ne peut innocenter un violeur.

«  Elle ne s’est pas défendue, c’est qu’elle était consentante ! »

La surprise, la peur, les menaces de violence et de mort paralysent la victime. Céder pour « sauver sa peau » n’est pas consentir.

« Il n’y a que les femmes faciles qui sont violées ! »

Toutes les femmes peuvent être agressées sexuellement ; peu importent leur âge (de l’enfance à la vieillesse), leur milieu social, leur profession, ou leur apparence.

« Les hommes ont des pulsions sexuelles irrépressibles et incontrôlables ; c’est pour cela qu’ils violent les femmes !

NON
les viols sont des actes prémédités et planifiés. Le violeur met en place une stratégie d’agression pour arriver à ses fins et assurer son impunité.

« Un homme qui fait ça, c’est un inconnu, un maniaque sexuel ! »

Dans 68% des agressions sexuelles, les victimes connaissent l’agresseur (copain, voisin, patron, ex-conjoint...) et lui faisaient confiance avant l’agression. La plupart des violeurs sont considérés comme normaux par la psychiatrie. Il n’y a pas de profil type. Ils appartiennent à tous les milieux, sont intégrés dans la société, exercent un métier et sont souvent mariés et pères de famille.

« Elle n’en est pas morte ! »

Des victimes ont été tuées après avoir été violées et beaucoup ont frôlé la mort. La plupart ont évité de crier et de se débattre de peur d’accroître la violence. Dans tous les cas, le viol est un acte porteur de mort. Les conséquences d’un viol sont graves et souvent longues à guérir. Les victimes ont besoin d’être aidées elles peuvent appeler Viols-Femmes-Informations 0 800 05 95 95.

Ces préjugés et bien d’autres banalisent  et minimisent le viol. Ce sont des préjugés sexistes d’une société qui valorise encore la domination masculine. Ils tendent à discréditer la parole des victimes.


Le viol est un crime dont la victime se sent coupable et l’agresseur innocent. Il est temps de faire changer la honte de camp !

Quelques statistiques
  • Plus de 75 000 femmes sont violées chaque année en France soit un viol toute les 7 minutes (1)
  • Une femme sur 10 a été ou sera violée au cours de sa vie (2)
  • Dans 8 cas sur 10, l'agresseur est connu de la victime (2)
  • La plupart des victimes de viol l'ont été pendant leur enfance et parmi les personnes qui ont subi ces agressions, c’est le cas de 59 % des femmes et de 67 % des hommes. (3)
  • Les hommes sont également victimes de viol 3 000 hommes (adultes) sont violés chaque année en France. (4)
  • 98% des mis en cause pour violences sexuelles sont des hommes.
 
(1) (femmes de 18-75 ans pour l’année: 2007-2008, Source : enquête CVS, INSEE-OND)
(2) (femmes de 18-59 ans pour l’année 2005-2006,  Source : enquête CVS, INSEE-OND)
(3) (Hommes et femmes de 20 à 59 ans pour l’année 2006, Source : enquête CSF, INSERM-INED)
(4) Champs : hommes et femmes de 18 à 75 ans Année: 2007-2008  Source : enquête CVS, INSEE-OND
(5) Champs : enregistrements justice Année: 2007 Source : OND

Témoignage


"Quelqu’une m’a donné la parole

Je ne me souviens plus du jour de la semaine où j’ai décidé de téléphoner. Peut-être un lundi, pour bien démarrer. Je me souviens par contre exactement de ma position bancale sur la chaise quand j’ai fait le numéro. Je me rappelle aussi que j’avais peur, mais une bonne peur, celle qu’on ressent quand on est sur le point de faire quelque chose d’important, de franchir un cap dans sa vie. En décidant d’appeler le Collectif et de parler pour la première fois à quelqu’un d’anonyme, je savais que quelque chose allait changer, que ce serait un tournant décisif.

Au départ, certainement pour me cacher encore un peu, pour ne pas tout dire tout de suite car certains mots m’effrayaient encore, j’avais décidé d’appeler « juste » pour demander des renseignements sur les groupes de parole. J’étais très attirée par l’idée de rencontrer d’autres femmes qui me ressembleraient, qui me comprendraient, mais cette demande de renseignements était aussi un prétexte pour commencer à parler, pour avoir le courage de composer ce numéro.

Après quelques sonneries, une voix de femme répondit, avec une douceur qui m’étonne encore : elle était déjà prête à m’écouter. Je n’ai jamais été très à l’aise avec le téléphone et, un peu crispée, je demandais immédiatement les renseignements que je voulais avoir. Mais l’inconnue du bout du fil voulait savoir « ce qui s’était passé ». J’ai répondu à moitié, surtout impressionnée par le fait de ne pas voir mon interlocutrice. Je l’ai d’abord trouvée insistante dans ses questions, puis je lui expliquai mon « malaise du téléphone », et elle comprit. J’insistai pour parler des groupes, elle prit finalement mes coordonnées afin de pouvoir me contacter quand un nouveau groupe se formerait, puis, toujours rassurante, elle me dit que je pouvais maintenant rappeler ce numéro dès que j’en ressentirai le besoin.

Juste après avoir raccroché, j’ai pleuré, de soulagement. Je sentais que l’abcès était crevé et, qu’enfin, mon isolement de plusieurs années était terminé.

Pourtant, quelques heures plus tard, en marchant dans la rue, j’eus pendant quelques instants un sentiment désagréable : j’avais l’impression que les gens autour de moi savaient quelque chose… Comme si, en m’adressant à une anonyme au téléphone, j’avais parlé de moi dans un gros haut-parleur qui aurait diffusé mes mots dans la rue. J’avais également le sentiment très étrange de marcher avec une grosse flèche rouge clignotante au-dessus de la tête, comme celles qui préviennent des travaux sur l’autoroute, et, au-dessus de cette flèche, il y avait une pancarte : « Cette fille a été violée ». Ce sentiment désagréable commença cependant à s’estomper au bout de quelques minutes. Et je dois dire que, parallèlement à ce malaise, je sentais qu’une victoire avait eu lieu : pour la première fois, le mot « violée » était lâché, du moins dans mon esprit. J’étais en train de prendre conscience.

Après plusieurs mois, comme promis, le Collectif me rappela, et je me rendis d’abord, assez impressionnée mais heureuse, aux premiers rendez-vous individuels de prise de contact. Tout de suite, encouragée par la présence et la grande attention des femmes qui m’accueillaient, je racontai toute mon histoire, et je vis que je n’exagérais pas, qu’on me prenait très au sérieux et qu’on réagissait comme je n’avais jamais vu personne réagir auparavant. C’était très fort, parfois violent, mais vraiment rassurant. Je parlai aussi de l’histoire de la flèche lumineuse et une des encadrantes me répondit que, ici, si chacune avait sa flèche, toute la façade de l’immeuble serait pleine de lumières rouges. Dans les rires que nous avons partagés à ce moment-là, mon malaise disparut tout à fait.

Les réunions du groupe commencèrent, comblant une à une toutes mes attentes. Non, je n’étais pas la seule. Et tout le monde ici me croyait et m’écoutait. Nous pouvions parler ouvertement de ce que nous avions subi sans effrayer ou mettre qui que ce soit mal à l’aise. Nous n’étions plus des bêtes curieuses. Nous pouvions compter les unes sur les autres et vider nos sacs sans crainte d’être jugées. Et nous étions plusieurs, nous pouvions enfin rassembler nos forces.

Quelques mois après le début des réunions, un autre évènement eut lieu, dont je n’aurais pu imaginer l’influence dans mon parcours : la manifestation annuelle contre les violences faites aux femmes.

Je n’avais jamais manifesté auparavant et, là, j’avais très envie de faire partie du cortège. Dans mon manteau noir pas très épais pour ce début d’hiver, je retrouvai les femmes du Collectif, dont les encadrantes du groupe, que j’embrassai pour la première fois. Maintenant, j’étais avec elles dans la rue et nous nous ressemblions toutes, les fonctions disparaissaient. La perspective de devenir à mon tour active pour cette cause me remplissait d’énergie. Elles me proposèrent de porter moi aussi une pancarte, j’acceptai et me mis à avancer à leurs côtés en découvrant les slogans.

Quelques centaines de mètres plus loin, alors que je venais de faire la connaissance d’une jeune juriste de mon âge s’occupant, dans une autre association, de femmes battues, une journaliste de France Info s’approcha de moi avec son micro. D’abord surprise qu’elle décide de s’adresser à moi plutôt qu’à une membre d’association par exemple, j’oubliai d’avoir peur et c’est avec un élan qui me surprit moi-même que j’acceptai de répondre à ses questions. 

Pas de haut-parleur imaginaire, cette fois, qui diffuserait mes paroles dans la rue sans que je l’aie voulu. Là, je voulais parler, et le micro était bien réel, et mes mots seraient peut-être diffusés à la radio au journal du soir ; j’ai parlé du Collectif, des groupes, j’ai dit « viol », j’ai dit « courage », j’ai dit « colère ». Peut-être qu’un membre de ma famille allait allumer la radio le soir et les entendre, ces mots. Oui, j’espérais que cela arrive.

Après la manifestation, je montai dans le métro et découvris en me voyant dans la vitre que  mon manteau noir était constellé de flocons blancs : sans que je m’en rende compte la pluie avait réduit en miettes sur moi la pancarte en carton que je portais. Je n’ai pas nettoyé mon manteau devant les gens, je m’en moquais. J’étais heureuse car j’avais agi et j’étais à mon tour devenue une anonyme qui parle. Qui parle pour moi et pour celles qui n’ont pas encore parlé. Pour que celles qui n’ont pas encore parlé parlent enfin pour elles.

Léa, Groupe de parole 2007-2008 "

Le Vériteur

Photo du Vériteur

CFCV

Le Collectif Féministe Contre le Viol s’est constitué en 1985 en réaction à des viols commis dans l’espace public en présence de témoins qui n’avaient pas réagi. Le CFCV a ouvert la permanence téléphonique Viols-Femmes-Informations 0 800 05 95 95 le 8 mars 1986 avec l’appui du Ministère des Droi...
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