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Sages-femmes : quand les sourires ne suffisent plus

Publiée le 02/05/2014 |
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Révélée par VICREY Céline |
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Si sage-femme est souvent considéré comme le plus beau métier du monde, il peut aussi être le plus ingrat.
Le point sur nos conditions d’exercice et nos revendications.
 
Parfois, les sourires ne sont plus rien face aux insultes, moqueries et mépris. Depuis plus de six mois maintenant, le manque de considération est mis en évidence, celui des sages-femmes, bien sûr, mais aussi celui des femmes qui souhaitent avoir le choix des conditions de leur suivi gynécologique, de leur suivi de grossesse ou de leur accouchement.
 
Les sages-femmes sont en grève depuis le 16 octobre dernier et elles peinent à être prises au sérieux. Les propositions remises début novembre par nos représentants au Ministère concernent la prise en charge des femmes et des nouveau-nés, en ville et à l'hôpital, mais aussi une meilleure coordination entre ces deux mondes. Elles ont pour but d'éclaircir le parcours de santé des femmes, de le rendre plus lisible et de leur permettre d’avoir le choix.
 
Offrir plus de choix aux femmes
 
D’abord, le choix du praticien en ville : trop peu de femmes savent qu'elles peuvent réaliser leur suivi gynécologique ou de de grossesse avec une sage-femme – et ce, le plus souvent, pour un moindre coût. Le résultat pour elles : renoncement au soin et temps d'attente phénoménaux dans certaines régions… alors que des sages-femmes sont au chômage.
 
Le choix des conditions de suivi et d'accouchement ensuite : le statut hospitalier des sages-femmes ne leur permet de ne faire des consultations prénatales, des échographies, etc. que si leur chef de service le souhaite. Résultat : des obstétriciens réalisent encore la plupart des consultations prénatales, et ce en dehors de toute pathologie, pour un coût nettement supérieur et une prise en charge trop technique (des études le prouvent : ils sont à l’origine de plus de prescriptions médicamenteuses et d'hospitalisations que les sages-femmes.).
 
D'autre part, nous n’avons aucune possibilité de proposer une approche plus personnalisée de l'accouchement. En effet, les protocoles concernant la gestion du travail et de l'accouchement sont souvent élaborés par ceux qui ne font ni l’un ni l’autre, et ne laissent que peu de places aux souhaits des femmes et des couples. Nous voulons être responsables d'unités physiologiques et de maisons de naissance, afin que les parents puissent trouver plus d'humanité et de chaleur dans nos structures qui en manquent cruellement. Encore une fois, ces évolutions permettraient de vraies économies de santé, en même temps qu'une amélioration du vécu des femmes et des couples dans ce moment unique.
 
Un statut dévalorisé
 
Aujourd'hui, dans ce monde machiste qu'est l'hôpital (et la médecine en général), je ne souris plus à l'évocation de mon métier. Trop méprisé. Trop dévalorisé. Et pourtant, je l'aime, ce métier, mais trop c'est trop.
 
Le statut hospitalier des sages-femmes n'est pas celui des personnels médicaux hospitaliers, alors qu’il s’agit d’une profession médicale inscrite dans le Code de Santé Publique. Cette profession, largement féminisée (98% de femmes), est maintenue sous tutelle des médecins, avec l'assentiment de notre ministre Mme Touraine.
 
Nos compétences mêmes sont sans cesse remises en question. Lors d'une réunion ministérielle, un médecin a ainsi pu affirmer sans être contredit par un représentant ministériel, qu’« on n'accouche pas en France comme en Afrique » à propos de l'ouverture de filières physiologiques dirigées par des sages-femmes au sein des maternités. Comme si nous étions de vulgaires matrones sans formation, qui accoucheraient les patientes au fond d'une case sordide, sans aucun savoir.
 
Un dédain de la profession
 
Les remarques quant à nos prérogatives sont constantes (« Vous ne voyez pas de malades », « Vous n'êtes pas médecins »). Pour autant, les dentistes et les pharmaciens hospitaliers ont accès à ce statut que nous souhaitons, et cela ne pose aucun problème. Nos qualifications et nos études sont sans cesse rabaissées (« Vous êtes formés dans une école », « vous ne faites qu'une année de médecine »). Pourtant, on parle bien d’une « école doctorale » et nos enseignements comprennent l'obstétrique, la gynécologie, la pédiatrie et la médecine générale.
 
Nous entendons aussi « Vous êtes dépendants des médecins » mais, lors d'une opération chirurgicale, l'anesthésiste est dépendant du chirurgien, et inversement. Pourtant, eux ont accès au statut de praticien hospitalier. Autre remarque : « Vous devez faire appel au médecin après diagnostic » : le médecin généraliste aussi et le gynécologue-obstétricien lui-même dirige les patientes vers un spécialiste après diagnostic (endocrinologue, diabétologue, cardiologue, gastro-entérologue, dermatologue, cancérologue). En quoi cela doit-il être un obstacle à la reconnaissance de notre profession ? Je vous épargne les nombreuses remarques concernant une supposée frustration de ne pas être médecins.
 
Nous sommes aujourd’hui clairement discriminées statutairement, dans un monde hospitalier encore très sexiste (Beaucoup de médecins femmes, mais combien de chefs de service femmes ? Combien de PU-PH (professeurs des universités-praticiens hospitaliers) femmes ?).
 
Une meilleure réponse aux besoins des femmes
 
La profession de sage-femme est très technique, avec un haut degré de connaissances. Etre acteur de prévention, c'est connaître l'ensemble des pathologies existantes, être capable de les détecter et d'agir. Toute la partie d'accompagnement est dévalorisée (comme souvent dans les professions largement féminisées). Pourtant, accompagner une femme ou un couple vers la parentalité, est un acte de prévention en soi (dépressions, violences conjugales, violences à l'enfant, complications obstétricales). Des études ont montré l'incidence positive, tant en termes de santé publique qu'en termes financiers, d'une prise en charge personnalisée de la grossesse par une sage-femme.
 
Mais dans les maternités, de par ce dédain pour notre profession, les consultations prénatales et les échographies par des sages-femmes ne sont pas généralisées. Les grossesses et accouchements de femmes en bonne santé sont sous protocoles parfois très techniques et ne tiennent pas compte des volontés des couples. Les femmes et les couples, ont des demandes et des besoins qui ont évolué, et les sages-femmes veulent accompagner ces évolutions.
 
Nous assistons ces derniers mois à une cabale en règle contre la profession, contre notre volonté de femmes d'améliorer la santé des femmes et de donner de vrais choix aux femmes concernant leur vie reproductive (choix du praticien en ville, choix de conditions d'accouchement en établissements de santé). Nous organisons donc une marche à Paris, le lundi 5 mai, à l'occasion de la Journée Internationale des sages-femmes. A toutes celles et ceux que ce texte aura touchés, à toutes celles et ceux qui veulent nous soutenir : votre présence à nos côtés sera importante pour que vos sages-femmes gardent le sourire.
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