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Madame de Pompadour : favorite sulfureuse ou femme de tête ?

Thème : Politique, Histoire
Publiée le 25/08/2014 |
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Révélée par BERLY Cécile |
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Madame de Pompadour, maîtresse de Louis XV, est, dans notre mémoire collective, une favorite du roi capricieuse et superficielle.
En réalité, fine politique, elle eut beaucoup plus d’influence sur la politique du royaume que ce qu’on lui attribue.
 
Etre favorite royale n’est pas une sinécure : que de luttes acharnées et d’embûches évitées pour parvenir dans le lit royal et y rester ! La maîtresse du roi occupe une place essentielle dans l’organisation de la cour ainsi que dans le fonctionnement de la monarchie absolue. Monarque de droit divin, l’homme et la politique qu’il mène ne peuvent être critiqués par les sujets. Or la favorite étant associée aux scandales de l’adultère – le roi très chrétien ne peut pas accéder aux sacrements de l’Eglise, du sexe – elle est celle, contrairement à la reine, que le roi choisit et aime et du luxe – elle dépense sans compter et vit dans l’opulence – cristallise tous les mécontentements du royaume.
 
Madame de Pompadour, anoblie par Louis XV en 1745 en lui donnant un marquisat abandonné du Limousin, a connu ces difficultés comme nulle autre maîtresse royale avant elle. En effet, née Poisson, elle est une bourgeoise parisienne, totalement étrangère à la cour de Versailles. La noblesse est outrée : elle considère que la fonction de favorite royale est l’un de ses privilèges. Impopulaire, son nom et, bien souvent, sa mémoire sont honnis.
 
De la maîtresse passionnée à la conseillère et confidente politique
 
La longévité exceptionnelle du « règne » de Madame de Pompadour, près de vingt ans, et l’influence qu’elle a eue à la cour et auprès de Louis XV, un caractère versatile et ténébreux, ne s’expliquent certainement pas par une très forte ascendance sexuelle sur le roi ou par sa capacité à le tyranniser en multipliant les caprices exigeants – comme sut si bien le faire la précédente maîtresse, la duchesse de Châteauroux. Tout au contraire.
 
Si, au début de son intimité avec le roi, Madame de Pompadour a su le divertir de sa mélancolie en interprétant, chantant ou dansant des spectacles qui le ravissent, elle devient cette favorite toute-puissante une fois les liens charnels rompus entre les deux amants, probablement au début des années 1750. Elle devient alors l’amie du roi, sa confidente. Elle seule sait l’écouter, le rassurer ou le conseiller. Elle endosse le rôle d’une sorte de Premier ministre officieux – depuis la mort de Fleury en 1743, Louis XV refuse la tutelle d’un ministre omnipotent. Pour garder l’affection du roi – il ne s’agit plus d’amour, elle doit apprendre la politique.
 
Des idées arrêtées sur les questions de société
 
Madame de Pompadour s’intéresse à toutes les questions qui agitent le royaume. Les Parlements, bastions du jansénisme, défient le pouvoir royal et condamnent la forte influence que l’Eglise catholique exerce sur le royaume. Les querelles parlementaires ne cessent pas de la préoccuper. Les réactions intransigeantes des ecclésiastiques la tourmentent. Elle se rend malade à l’idée que l’autorité du roi puisse être contestée au point de chanceler.
 
Dans une lettre qu’elle adresse, en épistolière assidue, au comte de Stainville, futur duc de Choiseul, alors en ambassade auprès du Saint-Siège, elle écrit : « Vous serez instruit de la dernière folie de l’archevêque [de Paris, Christophe de Beaumont]. Le Parlement n’est pas plus raisonnable. Chacun veut être le maître. (…) A tout cela, je tâche, chose difficile, de ne pas perdre mon sang-froid, de ne me pas tuer, de faire le bien et d’empêcher une partie du mal. Voilà mon plan que je suis exactement » (26 septembre 1756).
 
Influente sur la politique extérieure
 
Mais les interventions de Madame de Pompadour dans les affaires intérieures du royaume restent timides en comparaison de son investissement, considérable, dans la politique extérieure. En effet, elle œuvre grandement au rapprochement diplomatique et militaire de la France avec l’Autriche. Jusque-là, l’Empire était l’ennemi héréditaire du royaume. Désormais, la France et l’Autriche ont un nouvel ennemi commun : la Prusse protestante du roi Frédéric II. En accord avec Louis XV, elle se laisse approcher par les émissaires de l’impératrice Marie-Thérèse (preuve, s’il en est, de sa grande influence). La favorite confie les négociations secrètes de cette alliance à son grand ami l’abbé de Bernis. Ce dernier rencontre l’ambassadeur autrichien Stahremberg dans le Brimborion de la marquise, une modeste maison située en contrebas de son domaine de Bellevue.
 
Ces négociations aboutissent au premier traité de Versailles, signé en mai 1756. Ce renversement des Alliances soulève l’opposition de la cour et d’une grande partie de l’opinion française, qui l’attribuent à l’éminence grise du roi, sa favorite. De plus en plus impopulaire, Madame de Pompadour n’en a cure. Convaincue de la nécessité de cette alliance inédite, elle s’en félicite. Elle écrit à Kaunitz, le chancelier de l’impératrice : « C’est avec une grande satisfaction, Monsieur, que je vous fais mes compliments sur la réussite des traités conclus entre l’Impératrice Reine et le Roi. Je suis sensiblement touchée de la justice que Leurs Majestés Impériales veulent bien me rendre et des bontés dont elles daignent m’honorer. Mon zèle en augmenterait encore s’il était possible, mais les preuves que j’en ai données, vous ont appris, Monsieur, qu’il ne s’y peut rien ajouter » (7 septembre 1756).
 
Jusqu’à être stratège militaire
 
Dès que la guerre éclate, en mai 1756, Madame de Pompadour suit les opérations militaires avec assiduité. Elle transforme son appartement, situé au rez-de-chaussée du château de Versailles, en véritable quartier-général. Elle écrit, dans la fièvre, aux militaires pour s’informer et, parfois, les conseiller. Elle suivrait même le déroulement des opérations militaires sur des cartes, en y collant ses mouches. Pour la favorite, le royaume de France doit s’illustrer sur les champs de bataille et conforter ainsi sa position de première puissance européenne.
 
Pourtant, après de belles victoires, les armées royales accumulent les défaites. Le royaume s’enlise dans la guerre de Sept Ans et les préparatifs du futur traité de paix (signé en 1763) sont clairement en sa défaveur. Le désastre n’est pas que militaire : la France est confrontée à des difficultés politiques, économiques et diplomatiques. Madame de Pompadour en est mortifiée. Elle écrit, désespérée, au duc d’Aiguillon : « Que vous dirai-je, Monsieur le duc, je suis dans le désespoir, parce qu’il n’est rien qui m’en cause d’aussi violent que l’excès de l’humiliation. Est-il possible d’en éprouver de plus forte ? Etre battu n’est qu’un malheur. Ne pas se battre est un opprobre. Qu’est devenue notre nation ? Les Parlements, les Encyclopédistes, etc., l’ont changée absolument. Quand on manque assez de principes pour ne reconnaître ni divinité ni maître, on devient bientôt le rebut de la nature et c’est ce qui nous arrive. »
 
Si Madame de Pompadour fut ambitieuse, elle le fut également pour Louis XV et son royaume. Sa « nature réfléchissante », comme elle l’écrit, l’éloigne de cette image superficielle et sulfureuse de la favorite royale.

Le Vériteur

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BERLY Cécile

Historienne, spécialiste du XVIIIe siècle, Cécile Berly a récemment publié La Reine scandaleuse : Idées reçues sur Marie-Antoinette et Le Versailles de Marie-Antoinette. Elle est également l’auteur, avec Jean-Clément Martin, de Marie-Antoinette. Son dernier ouvrage est paru aux éditions Perrin en...
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