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Le harcèlement scolaire de mon fils, le déni du collège

Thème : Santé, Société, Enfance
Publiée le 05/02/2014 |
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Révélée par KIRI Carole |
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Dans « Quand une vieille morue de 40 ans ne frétille plus » paru chez Edilivre, je raconte le harcèlement scolaire dont mon fils a été victime.
L'année scolaire 2011-2012 a été riche en émotions et rebondissements. Mon fils, alors âgé de 13 ans, fait son entrée en classe de quatrième. Un élève moyen avec des capacités, un enfant sympathique, respectueux de l'autorité, poli et légèrement étourdi.
 
Mon fils, l'Ado tel est son nom dans mon roman, est féru de livres scientifiques même s’il râle un peu quand il s'agit de faire ses devoirs, comme tout adolescent. Il est câlin, rieur, blagueur. Il aime les sorties, aller à la Villette, au musée ou au Futuroscope. Il est sportif et rentre à l’heure à la maison.
 
« Je vois la descente aux enfers de mon Ado »
 
La rentrée arrive. En octobre, un changement s'opère : mon Ado devient agressif verbalement, méchant, il me répond, perd l'appétit. Un de ses camarades m'alerte : il me confie que mon fils a des problèmes avec quelqu'un, mais refuse de m’en dire plus par peur, je pense, de représailles. Je questionne mon Ado sur ce qui se passe et, de nouveau, le silence.
 
Prenant le taureau par les cornes, je téléphone au collège. On me répond qu’il n’y a rien mais que, par contre, mon fils bat tous les records de retard. Je vois la descente aux enfers de mon Ado, je ne peux pas le laisser ainsi. Je prends la décision de l'emmener chez une psychologue : elle me confirme qu'il y a quelque chose à l'école. Lui ne dit toujours rien.
 
« Pendant cinq mois, mon fils a été battu, insulté, humilié »
 
En janvier 2012, le collège me téléphone pour me dire que mon Ado est à l'infirmerie. C’est à ce moment qu’il raconte son calvaire : un élève de sa classe le bat à coups de poings à chaque interclasse et récréation, un autre s’assoit derrière lui en cours et le traite de « petit PD », et un dernier l'a étranglé parce qu’il s'est coupé les cheveux – lui a été pris sur le fait par la professeure principale.
 
Pendant cinq mois, mon fils a été battu, insulté, humilié .Il rentrait avec des bleus sur le torse mais me disait qu’ils étaient dus à ses cours de karaté. Je ne me suis pas posé plus de questions. Pendant ce temps, ses notes ont chuté, il a eu un comportement déplorable. Il a perdu du poids, a arrêté de dormir, est devenu anxieux et susceptible. Il a été infect, insupportable, dur. Quand il raconte tout à l'infirmière, je comprends enfin son calvaire. J'en pleure de rage : mon fils a été harcelé quotidiennement et personne n’est intervenu. Le collège, censé le protéger, n’a rien fait.
 
Je prends immédiatement rendez-vous chez mon médecin traitant, qui constate toutes les séquelles psychologiques. Il fait un certificat médical pour que je puisse déposer plainte. En janvier, après plus de deux heures d'audition au commissariat, deux plaintes sont déposées – contre l’élève qui le battait et celui qui l'avait étranglé – ainsi qu’une main courante à l’encontre du troisième. Les agresseurs sont passés en jugement en mai 2012, ils ont eu un rappel à la loi.
 
« Aucune prévention n’a été faite au sein du collège »
 
Mais, en attendant le jugement, mon fils est resté au collège. Il y a été traité comme un paria, autant par ses camarades de classe que par la direction. Après la plainte, j'ai appelé la CPE pour demander de l'aide. Elle m’a rétorqué « il n'y a plus de harcèlement donc la dépression n'a pas lieu d'être ». Je n'ai pas compris ce déni total : ils ont fait comme si rien ne s’était passé. Suite à tout cela, aucune prévention n'a été faite au sein du collège. Pire, l’élève contre lequel j’avais déposé une main courante à continuer à s’assoir derrière mon fils en cours et à l’insulter, sans que les professeurs interviennent.
 
Ils ont même voulu lui donner une heure de colle à cause de ses retards – retards qu’il accumulait justement pour pouvoir échapper à ses agresseurs. Il devait la passer à la cantine à débarrasser les plateaux ! Je ne suis pas contre les punitions, mais elles doivent être à la mesure de la faute et une heure de colle au collège doit se faire en permanence, ce n’est pas un travail d’intérêt général. De plus, pendant ce temps, ses agresseurs n’étaient pas punis, car la principale voulait attendre le jugement.
 
J'ai appelé la CPE pour lui dire que si cette heure de colle était maintenue, j'en référerais à l'Inspection Académique. J’ai été convoquée aussi sec par la principale qui m’a dit ouvertement « si vous parlez à l'inspection, c'est que vous êtes contre nous, et je ne ferai rien pour votre fils ». C’était clair. J'ai fait un courrier à l'Inspection où j’ai mentionné ce chantage.
 
« Mon fils a fini par se scarifier les bras »
 
Grâce à l’Inspection Académique, et après deux refus de la principale, j’ai enfin réussi à faire changer mon fils de collège en mars 2012. S’il a pu se rattraper au troisième trimestre de quatrième grâce au changement d’environnement, l’année de troisième (2012-2013) a été catastrophique. Il allait mal : il devait digérer le harcèlement de l’année passée, mais aussi le cancer dont je souffrais et l’annonce d’un quotient intellectuel supérieur à la normale accompagné de handicaps (dysorthographie, problème de mémoire) qui nécessitaient des aménagements spécialisés au sein de l’établissement scolaire. Et son nouveau collège ne l’a pas aidé.
 
Je ne demandais pas de l'assistanat, mais un minimum de compréhension. En début d’année, j’ai rencontré tous ses professeurs pour expliquer le problème de mon fils et ce qui devait être mis en place. Mais rien n’était mis en œuvre et le collège pointait les moindres fautes de mon fils. Je ne veux pas être paranoïaque, mais c’était vraiment trop. En fin d’année, il souffrait de phobie scolaire et a fini par se scarifier les bras. Nous avons commencé à consulter une pédopsychiatre.
 
Heureusement, après un été en colonie de vacances, la rentrée au lycée s’est mieux passée. J’ai tout fait pour que mon fils change de département – pour ne pas qu’il retrouve ses agresseurs dans son nouvel établissement. Dès la rentrée, j’ai discuté avec son professeur principal qui a été choqué par son parcours et a pris les choses en main. Je suis en relation régulière avec les professeurs et il y a beaucoup d’écoute. Tout se passe très bien.
 
« Je ne frétille plus car mon fils a failli se suicider »
 
Je me suis rendu compte que le harcèlement scolaire était un vrai combat et qu’aucune structure n’existait pour y remédier. Pour avoir osé parler, vous êtes traité comme un paria. Je ne comprends pas le silence et l'inaction de la part des collèges. Il faudrait mener une campagne dans les écoles, depuis la maternelle, pour faire prendre conscience aux élèves de la gravité de ce genre de comportement. Les professeurs minimisent ces actes odieux.
 
Pourquoi aucune prévention n'est faite au sein des collèges ? Pourquoi y a-t-il autant de déni de la part des principaux des collèges ? Le gouvernement a fait des spots publicitaires contre le harcèlement scolaire, mais ce n'est pas suffisant : trop d'enfants sont encore victimes.
 
J'ai écrit ce livre pour mon fils : c’est un témoignage de tout ce qui s’est passé sur ces deux ans. Il est écrit au second degré, vous passez aussi bien du rire aux larmes. « La vieille morue de 40 ans qui ne frétille plus », c'est moi, sa mère. Je ne frétille plus car mon fils de 13 ans a été battu à coups de poings, étranglé, harcelé moralement. Je ne frétille plus car mon fils a failli se suicider.

Le Vériteur

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KIRI Carole

Auteur de "Quand une vieille morue de 40 ans ne frétille plus", paru chez aux Editions Edilivre
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