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Le sort des Rohingyas en Birmanie : la démocratie épurée

Publiée le 18/03/2015 |
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Révélée par RUSSO Blandine |
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En Birmanie, les Rohingyas, une minorité musulmane, sont déchus de leur nationalité et cloîtrés dans des camps insalubres.
Une situation qui viole de nombreuses conventions internationales, ratifiées ou non par les autorités birmanes.
 
La Birmanie, pays qui fait rêver de nombreux touristes pour ses paysages grandioses et ses temples bouddhistes, porte en elle les espoirs démocratiques de l'Occident. Pourtant, l'espoir, Ladjo, 14 ans, l'a perdu. Il vivait heureux avec sa famille, dans la province de l'Arakane, en Birmanie. Bien que d'une grande précarité, son enfance était semblable à tant d'autres, insouciante et innocente, entre l'école, les jeux avec ses amis et les moments de tendresse avec sa mère. Ses parents avaient toujours fait en sorte de le préserver du racisme qui sévissait à leur encontre.
 
Mais, en juin 2012, la haine latente éclata au grand jour. Ladjo n'oubliera jamais ce jour où des moines et des clercs bouddhistes vinrent dans son village, découpèrent l'un de ses frères à la machette, en immolèrent un autre, égorgèrent sa mère, et violèrent sa sœur avant de l'emporter avec eux. Sa maison ainsi que tout son village furent brûlés.
 
L’exil puis l’enfermement
 
Ladjo partit alors sur les routes avec son père, deux frères qui avaient survécu et des dizaines de milliers de personnes qui, comme eux, avaient eu le malheur de naître rohingyas. Traités de sous-hommes et d'indésirables en Birmanie, parce que musulmans, nombre d'entre eux fuyaient vers le Bangladesh. Risquant leur vie dans l'espoir de la sauver, ils embarquaient dans des barques de fortune, bravant les affres de la mer, la faim et la soif, pour rejoindre les rives bangladaises.
 
Le Bangladesh, pays musulman ; le Bangladesh, pays dont, selon le gouvernement birman, les Rohingyas seraient originaires ; le Bangladesh a empêché Ladjo et ses compagnons de malheur d'entrer sur son territoire, les renvoyant à la mer malgré les dangers encourus en Birmanie.
 
Ils se résignèrent alors à agrandir le nombre des réfugiés dans les camps de Sittwe, capitale de l'Arakane, véritables camps de concentration, où le pouvoir parque les Rohingyas, leur interdisant toute sortie, les empêchant de fait de travailler, d'aller à l'école ou chez le médecin.
 
Un avenir sans perspective
 
Cela fait maintenant deux ans que Ladjo vit dans l'un de ces camps. Il est devenu chef de famille malgré lui, responsable de la survie de son petit frère. Son grand frère a disparu lors d'une rafle opérée par l'armée birmane, effectuant certainement des travaux forcés dans une contrée reculée. Quant à son père, ayant refusé de renier son identité en se faisant recenser bangladais, il a été et déporté dans un autre camp.
 
Souffrant de malnutrition et vivant dans des conditions sanitaires dramatiques, Ladjo et son frère dépérissent jour après jour. Ladjo ne sait comment s'en sortir et les associations d'aide humanitaire partent les unes après les autres, cédant aux menaces des bouddhistes nationalistes ou expulsés par les autorités. Ayant vu ses proches disparaître tour à tour, il se demande quand viendra le sien.
 
Ladjo aurait voulu devenir médecin, sauver des vies. Cependant, dans le camp, il n'y a pas d'école mais un espace d’enseignement temporaire, où ne sont enseignés que les mathématiques et la langue birmane, qui n'est pas la langue maternelle de Ladjo, et uniquement à raison de deux heures par jour. Et encore... Et même s'il arrivait à avoir le niveau, il ne pourrait s'inscrire à l'université, faute de pièce d'identité et de possibilité de sortir du camp pour s'y rendre.
 
Une communauté apatride
 
Pourtant, la Birmanie a ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant qui défend le droit à l’éducation, et ce indépendamment de toute considération de race, de couleur, de langue, de religion ou autre de l’enfant ou de ses parents, de leur origine nationale, ethnique ou sociale. Cette même convention impose à l'Etat d'assurer la survie et le développement de l'enfant, de faciliter l'assistance humanitaire et de respecter le droit pour l'enfant d'acquérir une nationalité dès sa naissance.
 
Or, Ladjo, bien que né en Birmanie, comme ses ancêtres depuis des générations, est apatride, et ce depuis qu'une loi a retiré la nationalité birmane aux Rohingyas en 1982. Il est enfermé dans un camp insalubre et ne bénéficie d'aides que sporadiquement. La Birmanie n'a pas signé les conventions sur les apatrides ni la convention de Rome sur le statut de la Cour pénale internationale. Est-ce à dire qu'il suffise de ne pas signer les conventions internationales pour violer impunément les droits de l'Homme ? Non !
 
Un crime contre l’humanité
 
L'article 13 b du statut de la Cour pénale internationale permet au Conseil de sécurité de saisir le procureur de la Cour lorsque l'un des crimes pour lesquels cette juridiction spéciale est compétente a été commis par un Etat non signataire. La cour pénale internationale est notamment compétente en cas de commission de crime contre l'humanité. Ladjo, en raison de son appartenance ethnique et religieuse, est victime de crime contre l'humanité, sa vie est en danger et toute dignité lui est déniée.
 
Parce qu'il est rohingya, Ladjo est apatride et ne bénéficie d'aucune protection étatique.
Parce qu'il est rohingya, Ladjo est considéré par la majorité des bouddhistes et par la presse libre comme un « sous-homme », un « cafard », un « rat » qu'il faut exterminer.
Parce qu'il est rohingya, Ladjo ne pourra pas se marier, sauf autorisation obtenue moyennant un dessous-de-table.
Parce qu'il est rohingya, Ladjo ne pourra pas avoir plus de deux enfants.
Parce qu'il est rohingya, Ladjo est condamné à voir les personnes qu'il aime se faire violer ou tuer en toute impunité.
Parce qu'il est rohingya, Ladjo vit dans un camp dont il n'a pas le droit de sortir et souffre de malnutrition.
Parce qu'il est rohingya, Ladjo ne pourra pas pratiquer sa religion comme il l'entend, les mosquées et autres lieux de culte islamiques ayant été détruits dans l'Arakane.
 
Dénoncer une épuration ethnique
 
Après la chute de la junte militaire et l’avènement de la démocratie, Bruxelles et Washington ont levé les sanctions économiques à l'égard de la Birmanie. Pourtant, la démocratie naissante n'a rien changé à la politique de persécution à l'égard des Rohingyas, l'exacerbation du nationalisme bouddhiste permettant une cohésion plus forte autour du pouvoir en place. Le président birman Thein Sein continue d'ailleurs d'affirmer que « Les Rohingyas sont des clandestins venus du Bangladesh ».
 
Actuellement, a lieu un recensement de la population birmane, pour lequel est demandée, pour la première fois, l'appartenance ethnique. Les Rohingyas n'ont pas le droit de se déclarer comme tels, leur ethnie n'étant pas l'une des 135 ethnies reconnues par l'Etat birman. L'Etat leur laisse alors une alternative infâme, à savoir le choix entre se déclarer comme immigrés illégaux bangladais, avec le risque d'être expulsés de Birmanie, ou être arrêtés et détenus dans des camps spéciaux. A travers ce recensement, c'est le droit fondamental de se déterminer une identité ethnique et sociale qui est dénié aux Rohingyas.
 
Sans nationalité, Ladjo pourrait bientôt perdre également son identité. Le sort des Rohingyas est comparable à celui des juifs durant les heures sombres de l'Europe. Haine raciale, retrait de nationalité, confiscation, déshumanisation, camps de concentration, pogroms... Si rien n'est fait pour enrayer l'engrenage, le génocide est proche. Je vous demande donc de ne plus passer sous silence cette épuration ethnique, d'agir avant qu'il ne soit trop tard et, ainsi, permettre à Ladjo d'avoir à nouveau l'espoir d'une vie meilleure.

Le Vériteur

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RUSSO Blandine

Elève-avocat à l’Ecole de Formation du Barreau de Paris, responsable du pôle pénal de la promotion Le Borgne 2014/2015.
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