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Phobie scolaire : «leur problème, c’est l’école comme lieu de vie»

Publiée le 11/06/2015 |
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Trouble anxieux irrépressible, la phobie scolaire concernerait entre 1 et 5% des élèves.
De plus en plus d’enfants et d’adolescents souffrent de phobie scolaire. Ce trouble, non reconnu en tant que tel par la psychiatrie, se manifeste par une angoisse terrible liée à l’établissement de l’élève. Luc Mathis est le président de l’Association Phobie Scolaire. Il raconte le manque de reconnaissance et les difficultés de prise en charge.
 
Qu’est-ce que la phobie scolaire ?
 
D’un point de vue psychiatrique, la phobie scolaire n’existe pas, dans le sens où elle n’est pas répertoriée dans le DSM 5, le Manuel de référence des troubles mentaux. On y parle en revanche de « phobie sociale », de « stress post-traumatique » et d’« angoisse de la séparation » : la phobie scolaire semble se trouver quelque part par-là, comme une combinaison de symptômes anxieux.
 
Certains psychiatres rejettent également l’appellation de « phobie scolaire » : ce n’est pas une « phobie » au sens d’une peur panique et ce n’est pas « scolaire » parce que l’anxiété n’est pas liée à la dimension éducative. En général, les jeunes concernés ont envie d’aller à l’école et de réussir : leur problème, c’est l’école comme lieu de vie, la dimension sociale.
 
Ils n’arrivent pas à aller à l’école, c’est un refus anxieux. En anglais, on parle plus justement de « school refusal » : « refusal » désigne un refus, un blocage, qu’on pourrait comparer à celui des chevaux qui n’arrivent physiquement pas à passer un obstacle. Si on force ces enfants à aller à l’école, ce qui arrive lorsqu’il y a une incompréhension des parents ou du milieu scolaire, leur souffrance peut être terrible.
 
La phobie scolaire semble augmenter de manière très importante ces cinq dernières années. Comme la maladie n’est pas reconnue, il n’y a pas de statistiques officielles, mais les professionnels estiment qu’entre 1 et 5% des enfants seraient concernés dans certaines classes d’âge. Il y a une répartition par âges avec un pic qui va de la quatrième jusqu’à la fin du lycée environ, même si tous les enfants peuvent être concernés, dès le CP.
 
Quelle est la cause de cette maladie ?
 
Une des causes fréquentes de la phobie scolaire est le harcèlement dans l’établissement, soit entre jeunes, soit, parfois, par des professeurs. Parfois, il s’agit de problèmes dans la famille qui peuvent provoquer une dépression chez l’enfant, d’une pression des parents…
 
Il y a aussi des causes comme les dyslexies ou les dyspraxies : dans ces cas, les jeunes compensent leur handicap jusqu’à la quatrième ou la troisième, mais craquent lorsque la pression devient trop forte. Assez fréquemment, les enfants peuvent être précoces, ils s’ennuient à l’école. La phobie scolaire peut donc avoir des origines très diverses.
 
Comment la phobie scolaire est-elle prise en charge ?
 
D’un point de vue éducatif, il n’y a pas beaucoup de solutions proposées pour ces jeunes. Quelques structures existent, comme des micro-lycées, mais uniquement dans les grandes villes, les milieux ruraux en sont dépourvus. Ces établissements doivent permettre aux élèves de s’y sentir bien, sans pression et sans jugement. L’enseignement est basé sur l’encouragement pour gérer au mieux la question de l’anxiété.
 
Beaucoup d’élèves suivent également leur scolarité via le CNED (Centre National d’Enseignement à Distance). Il existe également des systèmes qui permettent aux enfants d’avoir des professeurs à domicile, comme le SAPAD (Service d’Assistance Pédagogique à Domicile). Enfin, beaucoup de parents arrêtent de travailler pour aider leur enfant, avec des conséquences financières parfois très dures pour la famille.
 
Il n’y a pas de consensus sur le traitement, pas de solution universelle. On sait aujourd’hui que certains professionnels sont très formés à cette problématique, notamment ceux qui exercent dans des centres universitaires où la psychiatrie de l’adolescent est étudiée. Mais les médecins généralistes des petites villes sont parfois dépassés, ils ne savent pas nécessairement gérer cette situation.
 
Comment reconnaître un enfant souffrant de phobie scolaire ?
 
On travaille beaucoup sur la question de la prévention. Il y a toujours des signes avant-coureurs auxquels il faut être attentif. Quand un enfant freine des quatre fers pour ne pas aller à l’école, ce n’est pas forcément un caprice : il n’y a pas beaucoup d’enfants qui ne souhaitent pas aller à l’école. Ils ne sont pas naïfs, ils savent que c’est là-bas qu’une partie de leur avenir se construit.
 
Un des premiers signes que les professionnels évoquent, c’est les enfants qui ne prennent pas le petit-déjeuner, parce qu’ils ont mal au ventre à cause de l’angoisse. Ensuite, on retrouve de nombreux signes de souffrances spécifiques aux adolescents : les troubles alimentaires, la scarification, les comportements à risques. Le matin, avant d’aller à l’école, il peut y avoir des crises, des vomissements. Certains enfants dorment énormément. Il faut prendre tous ces signes très au sérieux et réagir vite.
 
Quel est le but de votre association ?
 
Notre but est de faire reconnaître cette maladie pour améliorer sa prise en charge, dans sa diversité. Il faut que les intervenants médicaux et scolaires soient mieux formés à cette question. Aujourd’hui, les meilleures prises en charge regroupent les médecins, la famille et les professeurs qui travaillent ensemble pour trouver des solutions. Beaucoup d’enfants ont réussi à réintégrer des écoles classiques, même s’il y a parfois des rechutes.
 
On est une association de parents. On ne veut pas se substituer aux thérapeutes, mais réunir les personnes concernées : médecins, professeurs, parents, pour réfléchir ensemble et améliorer la situation de ces jeunes. On organise donc des groupes de parole, de l’accompagnement pour aider les parents à sortir de l’isolement. Ça peut sembler paradoxal, mais il faut aussi aider les parents : ils se retrouvent très seuls face à cette problématique et souffrent d’un manque total de compréhension de la part de l’entourage, voire de la famille. On cherche également à mettre en place un réseau de médecins et de psychiatres.
 
Enfin, on est en train de préparer la publication d’un livre pour janvier 2016 chez Josette Lyon. Il regroupera les témoignages d’une trentaine de parents et des chapitres spécifiques rédigés par des professionnels de santé spécialisés.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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Association Phobie Scolaire

L'Association Phobie Scolaire est née de la volonté de parents et de jeunes atteints de phobie scolaire pour faire reconnaître cette maladie et obtenir des solutions de scolarisation.
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