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Taxis : notre mobilisation contre la concurrence déloyale

Publiée le 16/12/2014 |
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Pour les taxis, les VTC et les services de mises en relation de particuliers constituent une concurrence déloyale dans le transport de personnes.
Ces dernières années, les taxis ont vu de nouveaux acteurs du transport de personnes entrer sur le marché : les fameux VTC (Véhicules de Tourisme avec Chauffeur, dont la récente loi Thévenoud régule l’activité) et les services de mises en relation de particuliers (comme Uber POP). Abdelkrim Hamed est vice-président de l’Association Française des Taxis. Il explique pourquoi ces nouvelles entreprises constituent une concurrence déloyale pour sa profession.
 
Pourquoi cette mobilisation ?
 
Le premier élément déclencheur de notre mobilisation est la décision rendue par le tribunal de commerce de Paris vendredi : elle refuse d’interdire le service Uber POP. Ce sont des particuliers qui font le même métier que nous. L’entreprise explique que c’est du covoiturage. Il ne s’agit pas d’un conducteur qui partage sa voiture le temps d’un trajet, mais bien d’un passager qui commande une destination et d’un chauffeur qui vient le chercher. C’est une première concurrence déloyale.
 
L’avocat adverse a trouvé des failles dans la loi Thévenoud et a saisi Bruxelles : le dossier n’a pas été déposé auprès de la Commission Européenne. Théoriquement, tant que l’Europe n’a pas validé le texte, la France ne peut pas l’appliquer (voir l'article des Echos en lien à droite de ce texte). Pour cette société, c’est un moyen de gagner du temps, et donc de l’argent. Et comme ils ne déclarent rien en France, ce n’est que du bénéfice. Notre ministre de l’économie et des finances favorisent les multinationales. Il les autorise à enfreindre les lois en faisant de l’évasion fiscale.
 
S’ils avaient le même statut que nous et qu’ils déclaraient leurs revenus en France, ça ne nous dérangerait pas. Au contraire, ce serait une concurrence loyale pour nous pousser à nous améliorer en termes de service. Mais si, demain, ils payent les mêmes charges que nous, je ne donne pas cher de leur peau. Ils fermeront parce qu’ils ne seront pas assez rentables. Déjà aujourd’hui, des chauffeurs racolent aux aéroports parce qu’Uber ne leur donne pas assez de courses pour vivre.
 
Pourquoi considérez-vous que les VTC sont avantagés par rapport aux taxis ?
 
Les nouveaux VTC (Véhicules de Tourisme avec Chauffeur) sont à 98% autoentrepreneurs, donc ils ne sont pas assujettis aux mêmes taxes que nous. Sur la totalité du fonctionnement d’une entreprise comme la nôtre, les charges d’un artisan tournent autour de 65%. L’autoentrepreneur a lui environ 20% de charges. Il est donc vite rentable et peut fermer au bout de deux ans d'activité. Nous, on ne peut pas parce qu’on doit rentabiliser notre licence. C’est le métier qui est comme ça et les différents gouvernements ont cautionné ce fonctionnement. J’ai fait les formations nécessaires, j’ai sorti de l’argent pour l’apport personnel et je me suis mis à exercer ce métier. Mais je ne savais pas que j’allais être confronté à cette situation : aujourd’hui, j’ai capitalisé sur quelque chose qui ne vaut plus rien.
 
Je suis taxi de banlieue. Avant, on faisait 6 000 ou 7 000 euros de chiffre d'affaires par mois en travaillant bien. Aujourd’hui, on doit être à 5 500 ou 6 000 parce qu’on a perdu des clients. En fonction du prix de la licence (qui varie d’une ville à l’autre) et notre apport de départ, le remboursement mensuel de notre licence est très variable. Personnellement, je paie 1 300 euros par mois. On doit ensuite déduire le coût de l’assurance : comme je suis taxi et que j’assure mes clients, je paie 1 570 euros l’année. Il faut aussi compter le coût du téléphone et des réparations. En banlieue, on doit faire une révision environ tous les trois mois, qui coûte entre 500 et 1 000 euros. Enfin, on paye le RSI (Régime social des indépendant) qui me coûte 2 400 euros par mois. Avec la chute d’activité, on ne fait plus de salaire.
 
On est obligés de travailler plus et de sortir à n’importe quelle heure. Mais plus notre chiffre d’affaire augmente, plus le RSI augmente. Jusqu’à ce qu’on arrête. Je suis à découvert tous les mois. Mais mon cas n’est pas unique : on a beaucoup de jeunes qui se sont lancés et qui se retrouvent pris à la gorge par les charges.
 
Quelles sont vos revendications ?
 
Nous avons plusieurs revendications. La première est que les véhicules de VTC soit facilement identifiables dans la circulation, pour permettre aux forces de l’ordre de faire leur travail : comme pour les taxis, il faut mettre en place un équipement électronique et un plaquage sur le véhicule. Cela permettrait de distinguer les vrais VTC des faux. On voudrait également que chaque véhicule soit attitré à un seul et même conducteur, pour éviter les doublages. Aujourd’hui, certaines voitures tournent en permanence avec deux ou trois chauffeurs différents.
 
Il faut également mettre en place une attestation d’assurance de couleur différente pour être sûr que les VTC ne prennent pas les mêmes assurances que les particuliers. Sur un Renault espace, par exemple, une assurance personnelle (avec le trajet domicile-travail) coûtera environ 1 000 euros par an. Une assurance professionnelle va passer à 2 000 ou 3 000 euros. C’est important parce qu’ils transportent des personnes.
 
Comme ils sont dépendants du Ministère du tourisme, les VTC devraient également parler un minimum l’anglais, comme pour notre formation qui l’inclut. Enfin, ils ont des formations pour devenir VTC toutes les semaines. Pour les taxis, c’est tous les ans. On demande donc à ce qu’il y ait plus d’examens pour les taxis, pour que la profession soit plus facile d’accès.
 
Propos recueillis par Marine Périn
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