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Une solution simple pour lutter contre le gaspillage alimentaire !

Publiée le 31/01/2015 |
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Révélée par DERAMBARSH Arash |
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Pour lutter contre le gaspillage alimentaire et la faim, je demande une loi obligeant les supermarchés à donner chaque soir leurs invendus à des associations.
Un élu municipal de Courbevoie, Arash Derambarsh, a créé une association pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Trois soirs par semaine, accompagné de bénévole, il récupère les invendus d’un supermarché et les redistribue à des personnes dans le besoin.
 
Grâce à cette initiative et à une pétition en ligne ayant recueilli près de 120 000 signatures en une semaine, il est en passe de faire changer la loi.
 
Pourquoi vous être intéressé à la problématique du gaspillage alimentaire ?
 
Ce n’est pas une idée qui m’est venue comme ça, c’est du vécu. Quand j’étais étudiant et que je menais mes études de droit, je devais, comme beaucoup, subvenir à mes besoins. Je travaillais mais je ne gagnais que 600 ou 700 euros par mois, mon loyer me coûtait 450 euros… J’ai dû faire des choix, j’ai vécu la faim.
 
Plus tard, lorsque j’ai mené ma campagne pour les élections municipales de Courbevoie, j’ai rencontré deux catégories sociales bien spécifiques : la fameuse classe moyenne, qui est sous l’eau financièrement à partir du 10 de chaque mois, et les SDF, toujours plus nombreux. De l’autre côté, j’assistais au gaspillage alimentaire des grandes enseignes. Elles jettent beaucoup de nourriture, voire l’aspergent d’eau de Javel pour la rendre inconsommable. Le but est de se prémunir du Code de la santé publique qui engage leur responsabilité si une personne mange dans la poubelle et tombe malade. Le problème était donc très clair : d’un côté, la paupérisation, de l’autre, le gâchis alimentaire.
 
Quelle a été votre initiative ?
 
J’ai créé une passerelle entre ces deux problèmes, une sorte de laboratoire, le but était de redistribuer les invendus des supermarchés aux personnes qui avaient faim. J’ai lancé une association, Courbevoie 3.0, et fait un appel à bénévolat via Twitter et le journal local de Courbevoie. Tous les lundis, mercredis et vendredis, de 20h30 à 23h, nous distribuons les invendus du Carrefour Market de la place Charras, à Courbevoie – je salue d’ailleurs la politique du PDG de Carrefour, George Plassat, qui a toujours soutenu cette initiative. Chaque soir, des familles de la classe moyenne viennent chercher les sacs et nous allons à la rencontre des SDF.
 
Le principe, c’est que nous distribuons la nourriture immédiatement après l’avoir récupéré, sans la stocker – j’avais d’abord demandé un local, mais on me l’a refusé. Nous contournons donc la réglementation de la chaîne du froid et de la date de péremption. Cette date correspond à une date de vente, pas de consommation. En distribuant la nourriture tout de suite après l’avoir collectée, nous n’y sommes pas soumis : ce qui est bon une demi-heure avant la fermeture du magasin est encore bon une demi-heure après.
 
Est-il possible de calculer l’ampleur du gaspillage alimentaire aujourd’hui ?
 
Je suis un élu local de terrain, je laisse ces calculs au comptable. Mais ce que je vois est très opérationnel. Chaque soir, nous donnons de la nourriture à près de 100 personnes. Les invendus que nous distribuons représentent près de 1500 euros par semaine, soit 400 à 500 euros chaque soir, pour un magasin de 700 mètres carrés. Pour une grande surface de 200 à 300 mètres carrés, ce sont 30 à 40 kilos de nourriture qui sont jetés chaque soir : ça représente quatre caddies pleins. Quand on parle en tonnes, on ne se rend pas compte, mais dire que chaque petit supermarché jette quatre caddies remplis chaque soir, c’est très clair.
 
Chaque soir de distribution, 100 personnes ont le ventre plein, c’est déjà ça de gagné. Si tout le monde faisait pareil, on éradiquerait une partie de la faim en France. L’urgence aujourd’hui, c’est de manger. Quand une personne a le ventre plein, elle peut penser à la réinsertion. Si une maman, en face de vous, se demande comment elle va nourrir son enfant, elle ne peut pas aller chercher un travail. Beaucoup d’élus politiques de haut niveau oublie cette chaîne de priorités : avant tout, pour un être humain, l’urgence est de boire et manger. Ensuite, c’est se vêtir et se loger.
 
Quelle démarche avez-vous mise en œuvre pour faire avancer les choses ?
 
J’ai créé une pétition sur Change.org avec le soutien de mon ami Mathieu Kassovitz, elle a recueilli près de 120 000 signatures en une semaine. Je demande une loi obligeant les supermarchés à céder leurs invendus chaque soir aux associations de leur choix. A ceux qui m’opposent le risque d’avoir du surplus, je réponds qu’une organisation sera mise en place pour que le supplément soit donné à des grandes associations, comme les Restos du cœur, qui sont toujours en collecte et qui redistribueront le lendemain.
 
J’ai obtenu le soutien de 40 élus, de droite comme de gauche, et de nombreuses personnalités publiques. Jeudi, j’ai été reçu à l’Assemblée Nationale. J’ai rencontré Alexis Bachelay, député socialiste des Hauts-de-Seine, Jean-Pierre Decool, député UMP du Nord et rapporteur de la loi sur la lutte contre le gaspillage alimentaire, et Guillaume Garot, député socialiste de la Mayenne missionné par Manuel Valls dans le cadre de la lutte contre le gaspillage.
 
Votre projet a-t-il été bien accueilli ?
 
Ils ont d’autant plus apprécié mon initiative que j’ai trois casquettes : celle d’élu local, celle de président d’association et, surtout, celle d’homme de terrain. J’ai testé ce que je propose, j’ai créé un laboratoire, quelque chose qui marche. J’ai des réponses à tout ce qu’on m’opposera et je suis légitime pour en parler parce que j’ai eu faim à 20 ans.
 
Aujourd’hui, cette affaire est réglée, c’est un sujet qui fait consensus à droite comme à gauche. Il y aura une loi sur le gaspillage alimentaire avant l’été. Et si j’ai pu mettre ce coup de pied dans la fourmilière, c’est parce que j’étais un élu local. Je ne le fais pas dans un but électoraliste, les prochaines élections pour moi n’auront pas lieu avant 2020, pour la municipalité de Courbevoie. Pour le moment, je travaille sous mon mandat et je fais des choses concrètes. C’est un message que j’aimerais lancer à tous les élus français : même en étant juste conseiller municipal, vous pouvez faire bouger les choses, n’attendez pas que les autres le fassent !
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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DERAMBARSH Arash

Juriste et élu local de Courbevoie, j'ai créé l'initiative "Stop au gâchis alimentaire en France !"
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