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Grève de la faim des parents à Garches : le vrai du faux

Thème : Santé, Enfance, Médecine
Publiée le 02/07/2014 |
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Révélée par DELEPINE Andree |
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On n'a jamais autant parlé de la fermeture du service de Garches que depuis que des parents ont entamé une grève de la faim. Nicole Delépine répond aux rumeurs.
Depuis jeudi dernier, quatre parents d’enfants atteints de cancer observent une grève de la faim pour protester contre la fermeture de l’unité d’oncologie pédiatrique de Garches. Vendredi, l’AP-HP a donc donné une conférence de presse pour rassurer les parents. De nombreuses déclarations ont été reprises dans les médias.
 
Nicole Delépine démêle le vrai du faux.
 
Quelles sont réellement les conditions de la grève de la faim de ces quatre parents ?
 
Ils menaçaient depuis longtemps de faire une grève de la faim s’ils n’avaient pas de réponse. Honnêtement, ça me fait peur. Ils ont choisi de s’installer dans la chapelle de l’hôpital avec l’accord de l’évêque.
 
Depuis, l’AP-HP les traite comme du bétail. Ils ont installé des grilles devant la chapelle et ils leur interdisent d’en fermer la porte. Neuf vigiles montent la garde pour empêcher qui que ce soit d’entrer. Ils n’ont même pas le droit d’aller aux toilettes et font dans des pots. Nous leur passons de l’eau à travers les grilles. Bien sûr, les vigiles ne les empêcheraient pas de sortir, mais ils ne pourraient plus re-rentrer ensuite.
 
Nous ne pouvons pas communiquer avec eux à travers les grilles, nous ne le faisons plus que par téléphone ou sms. Ce sont des gens que je connais, j’ai passé beaucoup de temps avec eux, avec leurs enfants… et on ne peut même pas aller les examiner ! Et les journalistes n’ont pas le droit d’entrer dans l’hôpital.
 
Vendredi, Martin Hirsch, directeur de l’APHP, a affirmé : « Pour les parents concernés, nous assurerons la continuité des soins (…) même lorsque les protocoles appliqués à ces enfants ne sont pas des protocoles standards. » Qu’en pensez-vous ?
 
L’AP-HP critique nos traitements depuis des années : ils disent une chose, puis son contraire. D’abord, ils disent qu’ils continueront le traitement pour les enfants déjà concernés, mais uniquement eux : c’est de la discrimination ! Et, en pratique, ils ne pourraient pas assurer la continuité des soins : notre traitement a été mis en place pendant des années, il est optimisé, il demande énormément de minutie et d’adaptation à chaque patient. Ils ne sont pas compétents pour le poursuivre.
 
De toute façon, jusqu’à aujourd’hui, ils écrivaient partout qu’ils ne continueraient pas ce traitement. Or, les parents ne sont pas bêtes, ils connaissent bien le sujet. A Ambroise Paré, ils ne pourront simplement pas installer le service.
 
Vous revendiquez 80% de réussite, l’AP-HP conteste vos résultats : qu’en est-il ?
 
Sur le site de l’Institut National du Cancer (INCa) lui-même, il est écrit que, dans les années 1980, on guérissait déjà 80% des cancers de l’enfant. Donc revendiquer ce même taux quand on applique les mêmes traitements, ce n’est pas une surprise ! Mais maintenant que l’AP-HP inclut systématiquement les patients dans les essais thérapeutiques, ces résultats vont forcément baisser. Ce taux de 80%, voire de 90%, c’est notre taux de guérison des tumeurs osseuses en première intention. A priori, les essais thérapeutiques descendent à 50%.
 
Il est inacceptable que, en 1985, on ait pu guérir 80% des enfants atteints du cancer et que, trente ans plus tard, on place ces mêmes patients dans des essais thérapeutiques. Les mêmes équipes vont voir leurs résultats baisser ! Et on ne connaîtra leur vrai taux de réussite que dans une quinzaine d’années.
 
Ils nous reprochent également de ne pas publier nos résultats mais, aujourd’hui, on ne peut rien publier d’autre que les résultats des essais thérapeutiques ! Nous suivons les procédures pour publier et nous envoyons nos résultats aux congrès internationaux, comme tout le monde. Toutes nos communications sont disponibles sur mon site : nicoledelepine.fr.
 
Comme vous ne vous soumettez pas aux recommandations de l’INCa, l’AP-HP qualifie vos méthodes de « non-orthodoxes ». Que répondez-vous ?
 
Ils essaient de faire croire qu’on utilise des protocoles originaux alors que c’est nous qui pratiquons de la médecine orthodoxe ! Pour traiter des cancers, nous n’utilisons que des traitements éprouvés depuis plus de trente ans… A la limite, on pourrait nous traiter de ringards, mais sûrement pas d’originaux. Nos traitements n’ont pas à être soumis à des comités comme le sont des essais thérapeutiques… puisque ce ne sont pas des essais thérapeutiques ! Ils ont été testés et éprouvés il y a déjà des dizaines d’années.
 
C’est l’AP-HP qui est dans l’expérimentation systématique au nom de la « liberté académique ». Mais on n’a pas de liberté académique quand on est dans le service public ! On n’a pas le droit de choisir si on fait de l’expérimentation sur les malades, ils viennent pour être soignés ! La liberté académique, ça signifie qu’ils font de la recherche collective, pas qu’ils soignent des patients.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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DELEPINE Andree

Je suis oncologue, pédiatre et auteure des essais : « Le cancer, un fléau qui rapporte » (Editions Michalon, 2013), « La face cachée des médicaments » (Editions Michalon, 2011) et « Ma liberté de soigner » (Editions Michalon, 2006). J’ai également un site internet : www.nicoledelepine.fr.
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