Toutes les Vérités > Tour Montparnasse : les contre-vérités du désamiantage

Tour Montparnasse : les contre-vérités du désamiantage

Publiée le 31/01/2014 |
8196 | Réagir
Révélée par ANDEVA |
Soutenir

Restez informé !

Recevez quotidiennement
les nouvelles actualités
par e-mail.

Photo de la Vérité
Les travaux de la tour Montparnasse ont remis les débats sur l'amiante au cœur de l'actualité.
Les salariés de la tour Montparnasse sont-ils exposés ? Peut-on vraiment se fier aux taux d’exposition autorisés ? Alain Bobbio, secrétaire national de l’ANDEVA (Association Nationale de Défense des Victimes de l’Amiante), remet les choses à plat pour maVéritésur.


D’abord, qu’est-ce que l’amiante ?
 
L’amiante est un minéral naturel connu depuis l’Antiquité. Il est exploité pour de nombreuses propriétés : sa résistance au feu, aux produits chimiques, la possibilité de le travailler… et, bien sûr, son coût avantageux. Il a été très utilisé dans le bâtiment en France.
 
Mais ce matériau est aussi connu pour ses propriétés fibrogènes et cancérigènes sur l’être humain. Il se présente sous forme de fibres qui sont 100 à 400 fois plus fines qu’un cheveu. Elles peuvent donc très facilement entrer dans le corps par les voies respiratoires – aucun filtre naturel, comme les poils du nez, ne les retient  – et se ficher très profondément dans les alvéoles, voire la plèvre des poumons. Il est donc possible de les inhaler, de les ingérer.
 
Quelles sont ses conséquences sur la santé ?
 
Il existe deux grandes familles de maladies générées par l’amiante. La première est la fibrose, c’est-à-dire une cicatrisation anormale qui provoque une rigidité là où les tissus devraient rester souple. La fibrose peut toucher la plèvre, c’est-à-dire l’enveloppe du poumon, voire les alvéoles. Le deuxième type de pathologie est composé des « cancers de l’amiante » : le cancer broncho-pulmonaire, qui n’est pas spécifique à l’amiante, et le mésothéliome, complètement dû à l’amiante. Il s’agit d’un cancer de l’enveloppe des poumons, du cœur ou de l’intestin.
 
Ce sont des maladies au prognostic très sombre : on peut les soigner, calmer la douleur, retarder l’échéance, mais pas les guérir. Elles ont également la particularité terrible d’avoir un temps de latence très long : comme il n’y a aucun symptôme pendant longtemps, la conscience du danger de l’amiante est difficile à construire. En ce sens, le risque de l’amiante est particulièrement insidieux et vicieux.
 
Dans quels cas est-on exposés ?
 
On est exposés lorsqu’on vit ou travaille dans un bâtiment dont les murs contiennent de l’amiante : aux moindres travaux ou par usure, des poussières peuvent entrer en suspension dans l’air. Mais ces poussières ne se voient pas à l’œil nu. De même, le matériau lui-même est quasiment impossible à identifier sans une analyse. Il est très fréquent d’évoluer sans le savoir dans des bâtiments qui contiennent de l’amiante. Pourtant, on estime aujourd’hui à 20 millions de tonnes la quantité de ciment-amiante en France.
 
Les professionnels du bâtiment sont très exposés. En dehors des désamianteurs, il y a de nombreuses personnes dont ce n’est pas le métier et ce sont probablement celles qui prennent le plus de risques aujourd’hui, par méconnaissance des dangers. Les chauffagistes sont par exemple très touchés. Or, une étude récente a montré qu’ils n’avaient pas une représentation juste du risque lié à l’amiante. De plus, les contaminations ne sont pas exclusivement professionnelles, mais aussi intrafamiliales, personnelles, environnementales. Par exemple, on a vu des épouses atteintes parce qu’elles lavaient les bleus de travail de leur mari ou des enfants contaminés par les cheveux de leur père.
 
On a beaucoup entendu parler du chantier de désamiantage de la Tour Montparnasse, avec une mise en danger des salariés qui y travaillaient : que s’est-il passé ?
 
Il y a eu des pics de pollution d’amiante à cause d’une absence de maîtrise des travaux. Les copropriétaires ont choisi de faire du désamiantage à la petite semaine, sans coordination, morceau par morceau. On se doutait des risques : dans une tour de cette taille, il existe de nombreuses voies de communication entre les étages (de ventilation ou des cages d’escaliers) qui ont permis aux fibres d’amiante de migrer parce que les zones de travaux étaient mal confinées.
 
Le choix raisonnable aurait été de vider entièrement et temporairement la tour, pour faire en continu le désamiantage. C’était peut-être un choix difficile et radical, vu le nombre de personnes travaillant dans la tour, mais c’était la seule décision rationnelle.
 
Pourtant, les copropriétaires se sont déclarés satisfaits des taux d’amiante désormais présents dans l’air.
 
Ils sont au-dessus des taux autorisés, alors même que ces taux posent problème. Il faut bien différencier ces fameuses valeurs limite d’une notion médicale qui est commune à de nombreux cancérigènes : scientifiquement, il n’y a pas de dose-seuil au-dessous de laquelle on est certain qu’il n’existe aucun risque. Ensuite, il y a des normes, des valeurs limite pour les entreprises.
 
La première, la valeur des travailleurs, est de 100 fibres d’amiante par litre d’air mais elle va être divisée par dix à partir de juillet 2015. La deuxième, celle de la gestion dans les bâtiments, correspond à 5 fibres par litre. Concrètement, elle implique deux choses. D’abord, si le taux d’amiante dépasse cette valeur dans un bâtiment, son propriétaire est obligé d’agir pour le faire baisser, par exemple en faisant des travaux. Ensuite, il s’agit de la valeur au-dessus de laquelle on ne doit pas monter quand on rompt le confinement d’une zone de travaux, pour ne pas polluer l’environnement.
 
En 2009, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) avait demandé que les deux valeurs soient divisées par dix. Pour la gestion dans les bâtiments, le taux aurait donc été de 0,5 fibre par litre, ce qui correspond au taux de pollution extérieure. Mais la législation a pris du retard sur la vie : aujourd’hui, on accepte de restituer un chantier en rompant sa zone de confinement avec un taux dix fois plus élevé que le taux de pollution naturelle de son environnement immédiat.
 
Existe-t-il des sanctions quand ces valeurs limite ne sont pas respectées ?
 
Pas vraiment. On peut concevoir que l’Etat ait un rôle d’éducation et de prévention, mais rien ne marchera s’il n’y a pas de politique répressive. Pourtant, ça pose des problèmes juridiques très importants : on parle de mise en danger de la vie d’autrui. A plusieurs reprises, on a assisté à des procès retentissants visant le risque d’un dommage lié à une infraction. Par exemple, dans le procès l’Alstom Power Boilers, ce sont 160 salariés qui ont porté plainte ensemble et, au final, le chef d’entreprise a écopé d’une très grosse amende et de prison avec sursis.
 
Mais aujourd’hui, les procédures sont encore à l’initiative d’associations ou de personnes qui ont été mises en danger. La prévention devrait impliquer des sanctions avec une valeur dissuasive. L’ensemble du mouvement social doit s’en saisir. C’est un travail de longue haleine et le rythme des choses dépendra aussi de la volonté politique. Il faut que ce soit le pollueur qui paie, pas le citoyen.
 
D’après l’ANDEVA, que faudrait-il faire pour lutter contre le problème de l’amiante ?
 
Avec plus de 20 millions de tonnes de ciment-amiante en France, on a affaire à un véritable problème social : j’estime qu’il faudra au moins une génération pour éliminer l’amiante en place. Il faut mettre en place un plan national d’éradication de l’amiante et abaisser les normes de valeurs limite d’exposition. Il faut également créer des moyens de contrôle renforcés. Enfin, un autre point très important est de rationaliser le stockage et la collecte des déchets des travaux de désamiantage.
 
Pour les professionnels du bâtiment, la première chose à mettre en œuvre – et c’est une demande qu’on a faite en 1998 – ce serait un fichier national de la présence d’amiante dans les bâtiments. Dans le genre du cadastre, il faudrait trouver une traduction informatique simplifiée pour que chaque intervenant puisse vérifier rapidement la présence ou non d’amiante dans un bâtiment, sans se mettre en danger.
 
Enfin, l’une des batailles les plus récentes de l’ANDEVA concerne deux décrets parus le 11 octobre dernier. Le premier alinéa est très positif : on interdit aux jeunes de moins de 18 ans le travail exposant à l’amiante. Mais le deuxième l’annule complètement puisqu’il admet des dérogations qui peuvent concerner des niveaux allant jusqu’à 60 fois les valeurs limite d’exposition.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

Photo du Vériteur

ANDEVA

Association Nationale de Défense des Victimes de l’Amiante
X

Partagez ma Vérité sur :

Restez informé :