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Alerte des médecins sur les pesticides

Publiée le 10/02/2014 |
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Révélée par AMLP |
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1200 médecins de France métropolitaine et des Antilles viennent de rendre public un appel concernant les dangers des pesticides.
Alors que le plan Ecophyto qui devait permettre d'obtenir une baisse de 50% de l'utilisation des pesticides en 2018 n'atteindra pas cet objectif, une loi d'avenir agricole est en discussion au Parlement et, dans les prochains mois, l'Union Européenne devrait compléter le règlement concernant les pesticides perturbateurs endocriniens.  Pour nous, médecins, la santé publique ne doit pas, une fois de plus, être la variable d'ajustement des politiques agricoles. Le jugement vous paraît sévère ?
 
Quelques exemples
 
On pourrait parler du chlordécone. Jusqu’en 1993, les Antilles ont « bénéficié » de ce produit interdit aux Etats-Unis depuis 1977 et dont la dégradation dans la nature peut, selon les conditions du milieu, s'étaler sur plusieurs siècles : la population continue donc d'être largement contaminée par l'alimentation. Une étude récente a démontré que le chlordécone augmentait le risque de grossesse prématurée (American Journal of epidemiology, 8 janvier 2014) . Un suivi des enfants exposés (Inserm, CP 17-09-2012) montre que, dès l'âge de sept mois, l'exposition pré ou post-natale au chlordécone est associée à des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons. C'est pourtant dans ce contexte que l'Etat continue d'autoriser les épandages aériens d'autres pesticides, dont la toxicité vient se surajouter à une contamination dont on sait par ailleurs qu'elle participe au taux record de cancers de la prostate dans cette région !
 
On pourrait parler du rapport de l'Inserm de juin 2013 qui montre, chez les professionnels exposés à certains pesticides, un lien qualifié de fort avec les cancers de la prostate, les lymphomes non-hodgkiniens, les myélomes et la maladie de Parkinson. Pourtant, parmi ces pathologies, seule la maladie de Parkinson est reconnue en maladie professionnelle. Mais la liste des pathologies en lien avec une exposition aux pesticides ne s'arrête pas là : pour les autres, cependant, le niveau de preuve est moins fort – souvent parce que les études de bonne qualité manquent. Il s'agit des troubles de la fertilité, des leucémies, des troubles cognitifs dont la maladie d'Alzheimer, des cancers du testicule, des tumeurs cérébrales.
 
On pourrait parler des pathologies survenant chez l'enfant dont la mère a été exposée aux pesticides lors de son travail, du fait de la proximité de cultures utilisant des pesticides ou lors d'un usage domestique. Le niveau de preuve est fort pour les leucémies, les tumeurs cérébrales, les malformations congénitales et les troubles du neuro-développement.
 
On pourrait enfin parler de tous ces risques qui sont « simplement suspectés ». Plusieurs produits classés CMR de classe 2 par l’Union Européenne – c'est à dire cancérigène, mutagène ou reprotoxique suspectés – sont sur le marché. Que cela signifie-t-il ? Que l'on manque de preuves essentiellement épidémiologiques, c'est-à-dire sur l'homme. Est-ce réaliste quand on dispose de preuves toxicologiques solides ?
 
De nombreux pesticides perturbateurs endocriniens
 
Le caractère de perturbateur endocrinien (PE) est reconnu pour 80 pesticides (rapport OMS-PNUE) dont une quarantaine est commercialisée dans l'Union Européenne. Pour ces produits, l'effet toxique ne dépend pas de la dose, mais du moment d'exposition (la grossesse et la période périnatale sont particulièrement à risque) et d'effets cocktails largement ignorés.
 
Parce que l'on dispose d'arguments toxicologiques, d'études in-vitro (sur cultures cellulaires), de preuves de leur toxicité sur la faune et malheureusement aussi chez l'homme (distilbène, chlordécone), le nombre de pathologies pouvant s'expliquer, au moins en partie par des dérégulations du système hormonal augmente : cancers hormono-dépendants, troubles du système reproducteur, obésité. Pourtant, les tests d'autorisation de mise sur le marché européen ne permettent toujours pas d'identifier si un pesticide est PE ou non. La décision attendue concernant le choix de ces tests est reportée : au bénéfice de qui ?
 
Une imprégnation massive de la population
 
Enfin, l'imprégnation de la population semble générale si l'on se réfère à l'enquête de l'InVS (exposition de la population française aux substances chimiques de l'environnement, 2012) : plus de 90% de la population étudiée a dans ses urines des organophosphorés, des pyréthrinoïdes ou leurs produits de dégradation. Les autres familles de pesticides n'ont pas été recherchées en dehors des organochlorés interdits depuis des décennies mais toujours présents sous forme de trace dans nos organismes et, par conséquent, dans celui des femmes enceintes.
 
La cohorte PELAGIE montre que moins de 2% des urines de femmes enceintes ne contiennent pas de pesticides. Cela pourrait-il être sans conséquences ? Le suivi réalisé par l'Inserm concernant les femmes de cette cohorte ayant des traces d'atrazine ou de son métabolite dans leurs urines (25% des femmes, pour un produit interdit depuis 2003) montre qu'elles ont 70% de risque supplémentaire d'avoir un enfant de petit périmètre crânien – témoin d'un retard de croissance intra-utérin dont on sait qu'il augmente le risque d'insulinorésistance à l'âge adulte. Pour d'autres molécules, dont font partie certains pyréthrinoïdes qui imprègnent 90% de la population, on sait que la grossesse constitue une période de vulnérabilité particulière avec des effets parfois visibles seulement à long terme.
 
Nos propositions
 
Tout cela ressemble donc à un gigantesque puzzle qui se complète petit à petit. Nos propositions, qui visent à enclencher une logique de protection sanitaire, sont orientées dans trois directions.
  • vers les agriculteurs. Les liens avec l'exposition aux pesticides étant reconnus pour certaines pathologies, il faut ouvrir de nouveaux tableaux de maladies professionnelles. Les autorisations de mise sur le marché (AMM) des produits qu'ils manipulent n'étant pas suffisamment protectrices, il est nécessaire que le choix des laboratoires effectuant les tests soit préservé des liens d'intérêt et confié à l'Anses. De plus il est absolument nécessaire que la formulation complète des produits – substance active, plus les différents adjuvants – soit prise en compte dans l'évaluation de la toxicité chronique.
  • vers les riverains de zones à usage intensif de pesticides. Les mesures de protection (zones tampons, distances de sécurité, signalisation, etc.) et la fin des dérogations à l'interdiction des épandages aériens sont autant de signaux que nous attendons de la part des parlementaires.
  • enfin vers les consommateurs. Interdiction des pesticides PE identifiés selon les préconisations du rapport Kortenkamp, protection des ressources en eau en donnant priorité à l'agriculture biologique dans les zones de captage, étiquetage des produits alimentaires mentionnant la présence de pesticides et mesures propres aux Antilles (en particulier identification des femmes enceintes à risque par dosage du chlordécone).

Ces mesures suffiront-elles si elles ne sont pas accompagnées d'une réorientation profonde du modèle agricole ? Ces mesures ont-elles une chance de voir le jour si les pouvoirs publics s’entêtent à ignorer les causes environnementales de la flambée des maladies chroniques ? Le troisième Plan Cancer dévoilé le 4 février par François Hollande ne dit mot sur ces questions. Heureusement, de plus en plus de voix de la communauté scientifique s’élèvent pour dire que des maladies sont évitables, alors mobilisons-nous pour les éviter !

Le Vériteur

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AMLP

Alerte des Médecins Limousins sur les Pesticides Face aux risques sanitaires et environnementaux que représente l’usage des pesticides (aussi bien domestique, agricole que par différentes collectivités), l’association a pour objet général la protection de la santé et de l’environnement face à l’...
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