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Ma vérité sur les militants

Publiée le 06/06/2012 |
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Révélée par CHALMI Alexis |
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Les militants, ces moutons enragés

Ma vérité aujourd’hui n’est pas une vérité en soi mais plutôt un ressenti, une impression qui ne m’a jamais quitté depuis le début de cette campagne présidentielle.

Je m’explique : j’ai eu la chance de couvrir en tant que journaliste la campagne des primaires du PS puis celle des Présidentielles. Le monde de la politique me fascine depuis de nombreuses années, mais je ne me suis jamais senti l’âme d’un militant. M’y intéresser sans m’y impliquer, tel était mon laïus et, vivre cette aventure aux avant-postes et non devant mon poste de télévision, m’a apporté beaucoup de satisfaction. En l’espace de cinq mois, j’ai parcouru la France en long, en large, en travers et même en profondeur. Oui, je suis allé au contact de la France profonde, la France des régions, la France des terroirs. La vraie France et non pas la France parisienne, cette élite qui ne sait pas situer Clermont-Ferrand ou le Creusot sur une carte… Après tout, à quoi bon s’y intéresser ?

Pendant ces cinq mois de terrain durant lesquels j’ai parcouru des milliers de kilomètres en train, en car, en voiture et en avion, les paysages de notre hexagone se sont dévoilés sous mes yeux. Premières lueurs de soleil sur Aurillac, grêle du côté de Roubaix, éclaircie à Quimper, brume matinale à Toulouse. Cette France que l’on nomme « campagne » m’est apparue dans toute sa diversité et dans toute sa splendeur. Je pourrai vous parler pendant des heures de ces villes, bourgades et autres communes qui jalonnent la France et qui en font toute la richesse mais ce n’est – malheureusement ! – pas de sujet de mon propos. Je pourrai aussi vous parler de cette population qui vit dans ces contrées. J’ai eu la possibilité de la rencontrer, vous savez, celle qui a peur en regardant le journal de 20h. Celle qui se dit que le vote frontiste est une solution au problème de l’immigration alors qu’elle n’a jamais vu d’étrangers dans sa bourgade de cinq mille âmes. Bien sûr, je force le trait. Je vous entends déjà me taxer de parisianisme mal éclairé. Mais ce sont ces habitants que j’ai croisé tout au long de la campagne présidentielle. Ils existent vraiment – et ils sont tout de même près de 20% sur le territoire, à en croire les résultats des dernières élections. Et je ne parle pas des votes blanc et de l’abstentionnisme qui gonfle le chiffre jusqu’à près de 40% ! – mais encore une fois, je force le trait. Vous allez me dire que je fais des amalgames, des généralités, c’est sûrement vrai. Je n’ai jamais dit que je dévoilerai LA vérité mais MA vérité, tirée d’un ressenti et d’une expérience personnelle. Mais encore une fois, cela n’est pas mon propos. Cela pose simplement le décor…

Venons en aux faits me direz vous ! J’y viens, j’y viens… Toutes les régions de France ont vécu au rythme des meetings et réunions publiques des différentes forces politiques du pays durant cette course à l’Elysée. Le mardi, c’était Mélenchon, je jeudi suivant Hollande, puis le Pen, puis Bayrou… Il faut dire que la présidentielle, et on le sait depuis longtemps, se gagne dans les régions. Alors, pendant trois mois, ils se succèdent tous dans les zéniths, salles de concert ou places publiques en plein air.

Et j’en viens au point qui m’a fortement interpellé; toujours en observateur, jamais en militant, je me suis aperçu que ces dizaines de milliers de badauds et autres sympathisants qui venaient aux réunions publiques en famille, entre amis, seuls ou avec des collègues avaient, durant ces manifestations, le même comportement, la même réaction aux différents éléments de langage, la même foi en l’homme (ou la femme) fort(e) qui se tenait devant eux. En somme la même idéologie.

Mais pourquoi, une fois entourés de toute cette foule, une fois pris dans le tourbillon des hymnes de campagne, dans les messages forts des prétendants devant leur tribune, pourquoi réagissent-ils tous de la même façon ? L’image du mouton qui suit le troupeau prend alors tout son sens et m’est apparue comme une évidence. Se sentir entouré par un groupe, appartenir à une équipe commune est un facteur très puissant qui pousse à bien des travers ? Et exprimer au même moment le même sentiment, ce HOURRA fanatique, les yeux exorbités, la bouche sèche, le bras agité pour donner du volume aux drapeaux, fait plus référence aux ferveurs exprimées le jour de la libération de Paris qu’à un meeting de campagne présidentielle. Les anciens m’ont raconté que pendant la campagne de 2007, la ferveur autour de la candidate Ségolène Royal notamment, était telle que lors des meetings, les militants s’évanouissaient à la pelle comme dans un concert de Patrick Bruel à l’époque de la « Bruelmania », c’est pour dire !

Je comprends la ferveur, je comprends le sentiment d’appartenance à un groupe politique, d’adhésion à des idées, à des valeurs communes et à ce sentiment de création d’un lien social. Mais lors de cette campagne – et apparemment dans toutes les campagnes de ce type -, j’ai constaté beaucoup de fanatisme et peu de ferveur. Lors de mes interviews de fin de meetings, le public ayant assisté à l’événement était en fait incapable de me citer les grandes lignes du discours des prétendants. Ils n’avaient rien écouté ou plutôt si, ils s’écoutaient tous entre eux acclamer leur candidat.

Ils sont là pour la forme, mais ne retiennent rien du fond. Bien sûr, il y a les militants fanatisés, ceux qui connaissent le programme du candidat sur le bout des doigts et le régurgitent sans vraiment le comprendre. La politique se fait sur du concret, sur un programme, sur un discours à la nation. Les intéressés qui se rendent aux meetings eux, veulent du « show », des concerts, un candidat habité par je ne sais quelle force spirituelle. Ils veulent vibrer, avoir chaud, se sentir solidaires entre eux, ne plus être seuls. Ils veulent se sentir vivre, tout simplement. Ils se moquent du fond, de la teneur du discours. Ils l’entendent déjà assez devant leur poste de télévision. S’ils se déplacent à un meeting, ce n’est pas pour appréhender un programme, se faire un avis éclairé sur les positions d’untel ou d’unetelle, mais pour avoir le sentiment d’exister autour des mêmes valeurs, autour de la même ferveur ou fanatisme, c’est selon. Une campagne présidentielle sert à élire un président et non à divertir une population aigrie par quelques années de crise.

On affirme souvent que ce sont les médias qui n’élèvent pas le débat. Je crois profondément que c’est justement une grande partie de la population qui n’a que faire des discussions et qui préfère simplement venir s’éreinter la voix à des meetings sans jamais comprendre la teneur des discours, sans jamais saisir le véritable enjeu d’une campagne présidentielle qui est l’avenir et l’orientation du pays.

Non, ces gens là ne sont pas de fervents militants mais des moutons fanatiques.

Et ces moutons feraient mieux d’aller crier leur solitude dans les tribunes d’un stade de foot qu’à des meetings politiques auxquels ils ne comprennent rien !

Le Vériteur

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CHALMI Alexis

Alexis Chalmi est un jeune journaliste en poste depuis deux ans dans une rédaction parisienne. Passionné par l'image et l'écriture, ce jeune aventurier est toujours en quête de nouvelles expériences. Après avoir couvert pendant plusieurs mois les différentes campagnes (primaires, présidentielles ...
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