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Ma vérité sur les déchets toxiques en Côte d'Ivoire

Publiée le 27/07/2012 |
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Révélée par ASSI Adou |
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L'affaire du Probo Koala: des victimes civiles et aucun responsable condamné

C’est avec tristesse que j’écris cette vérité  au nom de toutes les victimes des déchets toxiques de Côte d’Ivoire. Tristesse, pour cette catastrophe environnementale que notre pays a connu en 2006 et qui a coûté la vie à plusieurs de ses fils et filles.

RAPPEL DE L’AFFAIRE PROBO KOALA

Toutes les personnes qui respiraient ces odeurs nauséabondes  et suffocantes ressentaient des malaises graves. On a assisté à des vomissements, des diarrhées, des toux, des troubles cutanées, des brûlures des yeux, des saignements des narines, des douleurs thoraciques, etc. La population paniquée envahit les centres de santé, les hôpitaux, et les CHU. Pour rappel, le 19 août 2006, une puanteur inhabituelle du type d’odeur d’œuf pourri envahit le district d’Abidjan.

Pendant six jours, la population du district d’Abidjan ignorait encore la cause réelle des symptômes dont elle souffre ; sous la pression de la rue, les faits se révèlent le 25 août 2006. En effet, dans la nuit du 18 au 19 août 2006, le Probo Koala, affrété par la société Trafigura, a déversé par l’entremise de la société Tommy, des déchets hautement toxiques dans le port d’Abidjan.

Plusieurs cas de coma ont été signalés. Plus de 15 personnes sont décédées les premiers jours. Plus de 100 000 personnes sont tombées immédiatement malades et plus de 2 000 000 de personnes ont été exposées aux déchets toxiques.

Selon les informations reçues les jours suivants dans la presse, Trafigura cherchait à se débarrasser des déchets toxiques produits par ses usines.

Des analyses concomitantes des experts européens, du CIAPOL (Centre Ivoirien Anti-Pollution) et de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) ont révélé que ces déchets toxiques étaient constitués de l’hydrogène sulfuré, de mercaptan, de la soude caustique et du pentachlorophénol qui sont des composants très dangereux pour la santé humaine et l’environnement.

ENTREE DU BATEAU PROBO KOALA AU PORT D’ABIDJAN

Selon nous, victimes des déchets toxiques, TRAFIGURA est le principal responsable du déversement des déchets toxiques en Côte d’Ivoire, car elle en était le propriétaire.

Nous voulons avoir des éclaircissements sur l’entrée du bateau au port d’Abidjan. Trafigura étant une société étrangère, avec quelle complicité ce bateau de la mort a pu entrer au port d’Abidjan? Pour nous, cette question est fondamentale, car il faudrait que la lumière soit faite sur l’entrée du bateau au port d’Abidjan et que les responsabilités soient situées.

Nous avons l’impression que depuis le déversement des déchets toxiques, l’on évite de faire la lumière sur ce point.. Nous pensons que certaines personnalités disposent des informations pour éclairer nos lanternes. Car elles ont été limogées ou citées dans la presse lors du déversement de ces déchets. Nous citons l’ex Directeur du Port autonome d’Abidjan (PAA), Marcel Gossio, l’ex Directeur Général des Douanes, Gnamien Konan aujourd’hui ministre de la fonction publique et l’ex Gouverneur du district d’Abidjan, Pierre Amondji qui ont été impliqués dans l’affaire et en savent donc beaucoup.

Enfin, des responsables de Trafigura ont été placés sous mandat de dépôt pour violation des dispositions de la loi ivoirienne portant protection de la santé publique et de l’environnement contre les effets des déchets industriels toxiques et nucléaires et des substances nocives ; violation des articles 342 alinéa 4, 343 et 348 du Code Pénal Ivoirien ; violation des dispositions de la convention de Bâle sur les mouvements transfrontières des déchets dangereux et leur rémunération ; violations des articles 97, 99 et 101 du Code de l’environnement ivoirien, puis relâchés sans procès dans des conditions que nous ignorons tous, il est intéressant qu’ils soient également entendu pour nous éclairer sur l’entrée du bateau PROBO KOALA au port d’Abidjan.

PROTOCOLE D’ACCORD ENTRE LES PARTIES TRAFIGURA ET L’ETAT DE COTE D’IVOIRE

Subitement, sept mois plus tard, un protocole d’accord a été signé entre le pollueur TRAFIGURA et l’État de Côte d’Ivoire le 13 février 2007 sans associer les victimes.

-         Aux termes de ce protocole, les parties TRAFIGURA se sont engagées à verser à l’État dela Côted’Ivoire la somme forfaitaire et définitive de 95 milliards de Francs CFA, soit 145 000 000 millions d’euros.

-         Par ailleurs, l’État de Côte d’Ivoire, souhaitant construire une usine de traitement des déchets ménagers dans le District d’ABIDJAN, les Parties TRAFIGURA se sont également engagées, à travers la société PUMA à verser, sous forme d’aide à l’État de Côte d’Ivoire la somme de 5 milliards de Francs CFA (environ 7,6 millions d’euros).

Ce protocole devrait à notre sens,  permettre aux victimes même si elles n’ont pas été associé, de panser un temps soit peu leurs plaies.

Malheureusement, la signature de ce protocole marque la deuxième mort des victimes des déchets toxiques de Côte d’Ivoire. Car on a constaté un enrichissement de certaines personnes au détriment des victimes. Des sommes insignifiantes de 200 000 F CFA (environ 300 euros) ont été distribuées aux victimes comme si la valeur de notre souffrance était à ce prix.  D’ailleurs aucune promesse concernant ces fonds  n’a été tenue :

1-      Une infime partie de ces milliards a été affectée à l’indemnisation des victimes,

2-     Plusieurs victimes dont les noms ont  été publiés dans les numéros spéciaux de victimes de déchets toxiques de « Fraternité matin » (un quotidien ivoirien) n’ont jusque là pas encore perçu  leur indemnisation de 200 000 FCFA (environ 300 euros) et l’opération a pris fin sans aucune explication.

3-     Les associations de victimes qui dès les premières heures se sont mises au service des victimes n’ont pas encore perçu les 100 millions de F CFA (152 500 euros) qui leur avait été promis.

4-     Certaines communautés villageoises de la ville d’Abidjan affectées par les déchets toxiques devraient percevoir un dédommagement financier. Jusque là rien n’a été fait.

5-     Certaines entreprises de la ville d’Abidjan affectées par les déchets toxiques devraient elles aussi percevoir un dédommagement financier. Jusque là rien également n’a été fait.

6-     On nous avait promis qu’une partie de ces 95 milliards allait être utilisée pour construire un CHU à Koumassi et un centre de santé spécialisé à Abobo. Ça aussi rien du tout.

Nous sommes très déçus. C’est pourquoi, nous demandons, à la présidente de la cellule  présidentielle chargée des déchets toxiques, madame OHOUEUCHI Clotilde de venir à cette assemblée pour faire le point de sa gestion de ces fonds. Et de bien vouloir remettre sans délais :

-         Les 100 millions de F CFA (152 500 euros) promis aux associations de victimes,

-         Les fonds promis aux communautés villageoises.

-         Les fonds promis aux entreprises victimes.

Avant de pardonner, nous demandons aussi au Directeur Général du Trésor alors en fonction en février 2007, en charge du versement de l’indemnisation des victimes ambulatoires de bien vouloir venir à  cette tribune pour nous faire le  bilan financier de cette opération. Puis indemniser le reste des victimes des déchets toxiques.

UN GROUPE DE VICTIMES ATTAQUE TRAFIGURA

Notre souffrance ne s’arrête pas à ce protocole. Voici notre troisième mort :

Suite au déversement des déchets toxiques, en 2007 et après une longue bataille judiciaire à Londres, un groupe de victimes a obtenu de Trafigura qu’il verse une somme forfaitaire de 22 milliards de dédommagement aux 29 624 victimes à raison de 750 000 FCFA (1140 euros) par victime.

Sous couvert d’être le représentant légal d’une association de victimes, M. Gohourou Claude a séquestré le compte dans lequel était logé le fond de toutes les victimes, sans le consentement des victimes ou de leurs représentants. Cette erreur grossière marque notre troisième mort. Car M. Gohourou verse l’argent de qui il veut, quand il veut et où il veut. Les victimes que nous gérons subissent des humiliations sous nos yeux. Il distribue des chèques en bois aux victimes sans être inquiété.

De son propre chef, il a arrêté l’opération d’indemnisation depuis près d’un an sans motif apparente. A l’heure où je vous parle, près de la moitié des victimes de déchets toxiques concernées par cette opération n’ont pas encore perçu leurs 750 000 FCFA (1140 euros).

Nous avons maintes fois cherché à le rencontrer pour le ramener à la raison ; mais selon des informations de sources proches de son entourage, il serait porté disparu à la suite de la crise post électorale que vient de connaître notre pays.

ABANDON DES VICTIMES PAR L’ETAT DE COTE D’IVOIRE

Depuis le déversement des déchets toxiques en Côte d’Ivoire, les victimes ont été abandonnées à elles mêmes. Sur le plan social, certaines victimes se sont  regroupées en association pour essayer de se prendre en charge et mener des actions juridiques contre Trafigura. Malheureusement, ces associations qui n’ont aucune subvention sont quelque fois limitées dans leurs actions. Pour palier cela, les victimes se cotisent pour soutenir les différentes actions.

Sur le plan sanitaire, aujourd’hui, c’est près de 4 000 000 de personnes qui sont contaminées par les déchets toxiques. La grande majorité de ces victimes continue de souffrir des déchets. Leur  état de santé est pour la plupart inquiétant. C’est l’occasion trouvée pour certaines personnes de mauvaise fois qui se prétendent  responsables d’associations de soutirer de l’argent aux victimes avant de disparaître dans la nature. Ce qui jette le discrédit sur les associations qui travaillent chaque jour pour les victimes.

Nous avons d’ailleurs réalisé un film et édité une revue sur les conséquences à long terme des déchets toxiques sur la population. Ces supports ont pour objectif de permettre à l’humanité toute entière de constater les graves réalités des déchets toxiques.

Face à cette situation dramatique, les victimes des déchets toxiques n’ont pas de prise en charge médicale. Elles sont abandonnées à elles mêmes en attendant leur mort prochaine.

Je voulais vous signaler au passage, qu’à l’heure où je vous parle les déchets toxiques sont encore là. Ils  continuent d’intoxiquer la population ivoirienne.

Sur le plan juridique, les victimes sont abandonnées encore à eux même. Chaque association essaie lorsque faire se peut d’organiser ses victimes pour mener quelques actions juridiques contre Trafigura.

Mais, dans leur grand ensemble, ces actions sont pour la plupart inefficaces parce qu’elles ne sont pas bien organisées faute de moyens ou d’un soutien conséquent.

Nous avons donc  l’impression  que les victimes des déchets toxiques sont indésirables vis-à-vis de l’Etat.

Pour preuve, pendant que l’Etat prend en charge les victimes de guerre, leur octroie des postes de Secrétariat d’Etat, autorise la création d’autres structures étatiques pour les encadrer, les victimes des déchets toxiques sont laissées pour compte. Et pourtant, nous n’avons pas choisi d’être victimes de déchets toxiques. Si nous sommes victime aujourd’hui, c’est par la faute de certaines personnes tapis dans l’ombre ici en Côte d’Ivoire.

DOLÉANCES DES VICTIMES

En vue de mettre fin à notre souffrance, nous demandons à l’Etat de Côte d’Ivoire de nous accompagner à saisir la société britannique Trafigura pour :

1-     l’enlèvement immédiat des déchets toxiques et la dépollution effective de tous les sites de déversement qui continuent d’intoxiquer les ivoiriens

2-     la prise en charge médicale de toutes les victimes de déchets toxiques malades ainsi que leurs progénitures.

3-     l’indemnisation conséquente et définitive de toutes les victimes des déchets toxiques identifiées dans l’ensemble des bases de données.

 

Le Vériteur

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ASSI Adou

Titulaire d’un DESS en Communication publicitaire et Marketing, j’ai durant quelques années enseigné la communication à des étudiants de Grandes Ecoles. Aujourd’hui Président de la Fédération des Associations de Victimes de Déchets Toxiques de Côte d’Ivoire, je me bats au sein de l’association po...
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